Il est 18h. Vous avez préparé le repas, installé bébé à table et, alors qu’il mange plutôt bien le reste de la journée… ce soir, rien ne va.
Il râle, détourne la tête, jette les aliments, réclame vos bras ou ne mange que quelques bouchées avant de vouloir quitter sa chaise.
Et forcément, une question arrive assez vite : est-ce qu’il a suffisamment mangé ?
Le repas du soir peut être très différent des autres repas de la journée. Après plusieurs heures d’éveil, une journée à la crèche ou chez la gardienne, de nouvelles expériences et beaucoup de stimulations, certains bébés arrivent simplement au dîner avec une batterie presque vide.
Alors, quand bébé est trop fatigué pour manger le soir, faut-il insister ? Avancer le repas ? Proposer autre chose ? Compenser ensuite ?
Voyons surtout comment rendre ce repas plus simple, pour bébé comme pour vous.
Pourquoi bébé peut-il moins manger le soir ?
L’appétit d’un bébé n’est pas identique à chaque repas ni chaque jour.
Comme nous, il peut avoir davantage faim à midi qu’au dîner. Mais le soir, une autre donnée vient souvent s’ajouter : la fatigue.
Un bébé fatigué peut avoir plus de difficultés à rester installé à table, à manipuler les aliments, à découvrir une nouvelle texture ou simplement à rester disponible pour manger.
Et cela peut être encore plus marqué lors de périodes où son rythme change : entrée en crèche, reprise chez la gardienne, nouvelles heures de sieste, vacances, poussée dentaire, acquisition importante…
Un dîner compliqué ne signifie donc pas automatiquement que bébé « n’aime plus manger » ou que quelque chose ne va pas avec votre DME.
Comment savoir si c’est surtout la fatigue ?
Il n’existe évidemment pas un comportement qui permette de dire avec certitude : « voilà, c’est la fatigue ».
Mais le contexte peut vous donner quelques indices.
Par exemple, bébé mange habituellement mieux plus tôt dans la journée mais les repas deviennent régulièrement difficiles en fin de journée. Il peut également se frotter les yeux, bâiller, réclamer davantage les bras, s’agacer rapidement ou ne plus avoir beaucoup de patience pour manipuler ses aliments.
L’idée n’est pas de chercher à tout prix une explication à chaque aliment refusé, mais plutôt de regarder bébé et sa journée dans leur ensemble.
Car un refus ponctuel n’a pas la même signification qu’une difficulté qui se répète à chaque repas, toute la journée.
Faut-il avancer le repas du soir ?
Parfois, oui.
On imagine facilement qu’un rythme signifie : goûter à telle heure, dîner à telle heure, coucher à telle heure.
Mais retrouver un rythme ne signifie pas forcément suivre des horaires à la minute près.
Si vous constatez que votre bébé est régulièrement épuisé à 18h30 mais encore relativement disponible à 17h45, tester un dîner un peu plus tôt peut être intéressant.
Vous pouvez essayer pendant quelques jours et observer ce qui se passe.
Est-il plus disponible ? Mange-t-il avec davantage de plaisir ? Le repas est-il plus serein ?
Il ne s’agit pas de trouver « l’heure parfaite » valable pour tous les bébés, mais l’organisation qui correspond à votre enfant et à votre famille.
Que proposer à un bébé très fatigué le soir ?
Un soir compliqué n’est probablement pas le meilleur moment pour vous lancer dans une recette nécessitant 45 minutes de préparation et proposer cinq nouvelles découvertes alimentaires. 😅
Vous pouvez tout à fait miser sur un repas connu, simple à manipuler et rapide à préparer.
Quelques exemples selon l’âge, les capacités de bébé et les aliments déjà introduits :
- un pancake ou une galette moelleuse avec un légume ;
- une omelette accompagnée de légumes adaptés ;
- des pâtes avec une sauce aux légumes ;
- des légumes fondants accompagnés d’un aliment protéiné adapté ;
- une portion d’un repas préparé précédemment et congelé.
L’objectif n’est pas de créer un « menu spécial bébé fatigué ». C’est simplement de vous rappeler qu’un repas simple reste un vrai repas.
Et préparer quelques portions à l’avance peut aussi éviter qu’à 18h12, avec un bébé fatigué dans les bras, vous soyez encore en train de négocier intérieurement avec une courgette. 😂
Et s’il ne mange que quelques bouchées ?
C’est souvent là que l’inquiétude parentale monte d’un cran.Vous aviez prévu son dîner. Bébé mange deux ou trois morceaux puis semble avoir terminé.
Faut-il essayer de lui faire manger davantage ?
En DME comme plus largement dans l’alimentation responsive, le parent propose et l’enfant reste à l’écoute de ses signaux de faim et de satiété. Les quantités consommées peuvent énormément varier d’un repas à l’autre.
Plutôt que d’évaluer son alimentation uniquement à partir de ce dîner, prenez davantage de recul : comment se sont passés ses autres repas ? Et les derniers jours ?
À cet âge, le lait maternel ou infantile conserve également une place importante dans l’alimentation de bébé, particulièrement au cours de la première année.
Faut-il préparer autre chose s’il refuse son dîner ?
C’est tentant.
Bébé refuse le repas et notre cerveau commence immédiatement à passer en revue tout ce qu’il accepterait peut-être : un autre plat, puis un autre aliment…
Mais il n’est pas nécessaire de transformer chaque refus en succession de menus jusqu’à trouver celui qui sera mangé.
Vous pouvez proposer un repas adapté, laisser bébé décider de ce qu’il souhaite en manger et rester attentif à ses signaux.
Cela ne signifie pas pour autant être rigide. Si vous réalisez que le repas est réellement mal adapté à la situation ou aux capacités de bébé, évidemment, vous pouvez vous ajuster.
L’idée est surtout de ne pas entrer progressivement dans une logique où chaque aliment refusé doit immédiatement être remplacé par quelque chose de plus susceptible d’être accepté.
Faut-il compenser parce qu’il a peu mangé ?
Un petit dîner n’a pas forcément besoin d’être « rattrapé ».
L’alimentation de bébé ne s’équilibre pas sur une seule assiette.
Son appétit varie et les apports doivent être considérés dans un ensemble plus large. Continuez également à suivre son rythme habituel concernant les tétées ou les biberons, sans chercher à modifier systématiquement ceux-ci uniquement parce qu’un repas solide a été plus petit.
C’est notamment pour cette raison qu’il est intéressant d’observer plusieurs repas et plusieurs jours, plutôt que de mesurer la réussite d’une journée au contenu de l’assiette du soir.
Et si tous les repas du soir deviennent compliqués ?
Si cela arrive ponctuellement, vous pouvez surtout observer et tester quelques ajustements :
avancer légèrement le dîner, simplifier ce que vous proposez, regarder l’heure et la composition du goûter, observer les signes de fatigue et éventuellement revoir l’enchaînement repas-bain-coucher.
Mais si le problème se répète, prenez un peu de hauteur.
Est-ce uniquement le soir ? Bébé mange-t-il normalement aux autres moments ? Son comportement a-t-il changé récemment ? Les difficultés concernent-elles certaines textures ou tous les aliments ? Les repas deviennent-ils systématiquement sources de stress ?
Ces observations peuvent aider à distinguer une fin de journée simplement difficile d’une problématique alimentaire plus générale.
Quand demander conseil à un professionnel ?
La fatigue peut expliquer certains petits repas du soir, mais elle ne doit pas devenir une explication automatique à une difficulté persistante.
Si bébé refuse régulièrement de s’alimenter à différents moments de la journée, semble avoir des difficultés ou des douleurs lorsqu’il mange, présente des signes qui vous inquiètent, ou si vous avez des interrogations concernant sa croissance ou ses apports, parlez-en avec le professionnel de santé qui suit votre enfant.
Vous n’avez pas besoin d’attendre qu’une situation devienne « suffisamment grave » pour poser une question.
Le repas du soir n’a pas besoin d’être parfait
Certains soirs, bébé mangera avec enthousiasme.
D’autres, il goûtera quelques morceaux avant de décider que dormir, être dans vos bras ou observer la cuillère tomber six fois par terre constitue manifestement un projet beaucoup plus intéressant. 😅
Ce qui compte n’est pas de réussir chaque dîner.
Si votre bébé arrive régulièrement épuisé au repas, vous pouvez essayer d’avancer l’heure, simplifier ce que vous proposez et observer son alimentation sur l’ensemble de la journée plutôt que sur une seule assiette.
Parce qu’un repas du soir plus simple peut parfois être exactement ce dont toute la famille avait besoin.