Vous posez le repas devant bébé.
Il attrape un morceau, l’écrase entre ses doigts, essaie de le porter à sa bouche… le rate. Il recommence. Une partie termine sur la tablette, une autre dans ses cheveux et probablement un peu sous la chaise. 😅
Et forcément, l’envie d’aider arrive vite.
Est-ce qu’on doit le laisser faire seul, même quand ce serait tellement plus rapide de lui donner nous-mêmes ?
En DME, l’autonomie fait partie intégrante du repas. Mais laisser bébé manger seul ne signifie pas rester à côté sans intervenir quoi qu’il arrive.
L’idée est plutôt de lui laisser la possibilité d’essayer, tout en lui apportant l’aide dont il a réellement besoin.
Manger seul, ça s’apprend
Pour nous, attraper un aliment et le porter à notre bouche est devenu complètement automatique.
Pour bébé, c’est une succession de petites compétences à acquérir.
Il doit apprendre à repérer l’aliment qu’il souhaite attraper, tendre son bras dans la bonne direction, ajuster sa main, saisir le morceau, doser sa force puis réussir à le porter jusqu’à sa bouche.
Bref, ce qui ressemble à un simple morceau de brocoli porté à la bouche est en réalité un sacré petit exercice de coordination.
C’est en répétant ces gestes que bébé gagne progressivement en précision et en autonomie.
Si vous êtes au tout début de la diversification, commencez toutefois par vérifier que bébé possède bien les capacités nécessaires pour démarrer. Retrouvez tous les repères dans notre article Quand commencer la DME ? Les signes que bébé est prêt.
Toucher et écraser les aliments, ce n’est pas « jouer au lieu de manger »
Lorsqu’on voit bébé écraser un morceau entre ses doigts ou le manipuler pendant plusieurs secondes avant de le manger, on peut avoir l’impression qu’il joue avec son repas.
Mais au début de la diversification, explorer l’aliment fait aussi partie de l’apprentissage.
Bébé découvre qu’une banane est molle, qu’un brocoli peut se défaire entre ses doigts ou qu’une galette ne réagit pas de la même manière qu’un morceau d’avocat.
Il découvre la texture, la forme, la température, l’odeur et la résistance de chaque aliment.
Tout ne doit donc pas nécessairement terminer immédiatement dans son estomac pour que le repas ait été utile.
Pourquoi l’autonomie est-elle importante à table ?
Laisser bébé participer activement à son repas lui permet de développer plusieurs compétences en même temps.
La coordination main-œil
Bébé regarde un aliment, essaie de l’attraper puis de le porter jusqu’à sa bouche.
Au début, le trajet est parfois… créatif. 😅
À force d’essayer, son geste devient progressivement plus précis.
La motricité fine
Au début, bébé attrape généralement les aliments avec toute sa main.
Avec le temps, sa préhension devient plus précise et il commence à utiliser davantage ses doigts, jusqu’à développer progressivement la pince pouce-index.
Les aliments proposés peuvent alors évoluer avec ses nouvelles capacités. Nous détaillons justement ces différentes étapes dans l’article Quand et comment faire évoluer les morceaux en DME ?.
La découverte sensorielle
Avant même de goûter, bébé apprend énormément en touchant ses aliments.
Une texture collante, humide, granuleuse ou fondante ne provoque pas les mêmes sensations.
Cette exploration répétée lui permet progressivement de se familiariser avec une grande variété d’aliments.
L’écoute de sa faim et de sa satiété
Lorsqu’il garde une part active dans son repas, bébé peut également exprimer plus facilement son envie de manger, ralentir ou s’arrêter lorsqu’il n’a plus faim.
L’objectif n’est donc pas de lui faire terminer une quantité prédéfinie, mais de proposer un repas adapté et d’observer ses signaux.
Et si les quantités mangées par bébé vous inquiètent régulièrement, notre article Bébé refuse de manger : normal ou inquiétant ? permet justement de prendre un peu de recul sur son appétit.
Faut-il alors ne jamais aider bébé ?
Non.
Autonomie ne veut pas dire absence d’accompagnement.
Il y a une différence importante entre faire à la place de bébé et l’aider à réussir seul.
Imaginez qu’un morceau glisse constamment entre ses doigts.
Vous pouvez le repositionner ou le rapprocher légèrement pour que bébé puisse ensuite l’attraper lui-même.
Vous pouvez aussi montrer un geste en mangeant devant lui ou adapter le format d’un aliment devenu trop difficile à saisir.
L’objectif est de lui apporter juste assez d’aide pour qu’il puisse continuer son exploration.
Avant d’intervenir… attendre quelques secondes
C’est probablement l’un des exercices les plus difficiles pour nous, parents. 😅
Bébé essaie d’attraper quelque chose.
Il rate.
Notre main part presque automatiquement pour l’aider.
Pourtant, attendre quelques secondes lui laisse parfois l’occasion de chercher une autre solution.
Il peut changer la position de sa main, retourner l’aliment, essayer une autre prise ou utiliser son autre main.
Et finalement réussir.
Cette petite attente ne signifie pas qu’on refuse de l’aider.
Elle lui donne simplement la possibilité d’essayer avant qu’on fasse le geste à sa place.
Et la cuillère ?
La cuillère ne va pas à l’encontre de l’autonomie.
Certaines textures sont simplement difficiles, voire impossibles, à saisir directement avec les doigts : yaourt, compote, purée épaisse, porridge…
Vous pouvez alors proposer une cuillère préremplie : vous déposez la préparation dessus puis vous laissez bébé saisir la cuillère et la porter lui-même à sa bouche.
Une autre solution consiste à utiliser un aliment comme support pour transporter certaines textures. Tout est expliqué dans notre article sur le transporteur et la cuillère préremplie en DME.
Avec le temps, bébé gagnera en coordination et commencera progressivement à essayer de remplir lui-même sa cuillère.
Et oui, les premières tentatives peuvent terminer davantage sur la table que dans sa bouche.
C’est aussi comme ça qu’on apprend.
Pour la suite, vous pouvez également découvrir quand introduire les couverts et l’assiette au repas de bébé.
Pourquoi bébé met-il autant de nourriture partout ?
Parce qu’il apprend.
Mais pas uniquement.
Un aliment peut tomber parce que bébé maîtrise encore mal son geste, serre trop fort ou pas assez, essaie de déplacer l’aliment ou expérimente simplement ce qui se passe lorsqu’il le lâche.
À d’autres moments, jeter peut aussi signifier qu’il n’a plus faim, qu’il est fatigué ou qu’il cherche à provoquer une réaction.
Autrement dit, tout ce qui finit au sol n’a pas forcément la même signification.
Si la période où bébé balance méthodiquement chaque morceau par-dessus bord s’est installée chez vous, notre article Pourquoi bébé jette la nourriture par terre ? vous aidera à comprendre ce comportement et à savoir comment réagir.
Laisser explorer ne veut pas dire laisser tout faire
Respecter l’autonomie de bébé ne signifie pas qu’il n’existe plus de cadre pendant les repas.
Vous pouvez tout à fait poser des limites simples.
Si bébé jette volontairement les aliments encore et encore et ne semble plus intéressé par son repas, vous pouvez lui rappeler calmement que la nourriture reste sur la table et observer s’il souhaite continuer.
S’il montre qu’il a terminé, le repas peut simplement prendre fin.
L’autonomie se construit aussi à l’intérieur d’un cadre rassurant et prévisible.
Et si bébé met énormément de temps à manger ?
Un bébé qui apprend à manger seul sera évidemment moins rapide qu’un adulte.
Il observe, manipule, essaie et recommence.
Pas besoin de chronométrer chaque repas.
En revanche, si bébé est très fatigué, perd progressivement tout intérêt ou montre clairement qu’il en a assez, prolonger le repas dans l’espoir qu’il mange quelques morceaux supplémentaires n’est pas forcément utile.
On peut simplement terminer lorsque ses signaux montrent qu’il a fini.
Comment favoriser son autonomie sans compliquer tous les repas ?
Quelques petits ajustements peuvent déjà faire une grande différence.
Proposer peu d’aliments à la fois
Il n’est pas nécessaire de remplir toute la tablette.
Quelques morceaux suffisent.
S’il en souhaite davantage, vous pouvez simplement en ajouter.
Cela facilite parfois la prise des aliments et limite aussi un peu le grand chantier autour de la chaise.
Choisir des formats adaptés
Un aliment impossible à saisir risque surtout de générer de la frustration.
Au début, les morceaux doivent être suffisamment grands pour être attrapés avec toute la main et leur texture doit être adaptée aux capacités de bébé.
Les formats évolueront ensuite avec sa préhension.
Bien installer bébé
Pour manger en autonomie, bébé doit aussi pouvoir utiliser correctement ses mains, ses bras et son corps.
Une bonne installation est donc essentielle. Si vous avez un doute sur votre équipement, vérifiez la bonne position de bébé et l’adaptation de sa chaise haute pour la DME.
Accepter un peu de bazar
Il n’existe probablement pas de DME parfaitement propre. 😅
Un bavoir couvrant, une protection adaptée ou un système permettant de limiter ce qui termine au sol peuvent clairement faciliter le quotidien.
L’objectif n’est surtout pas d’empêcher bébé de toucher les aliments.
C’est plutôt de créer un environnement dans lequel nous pouvons le laisser expérimenter sans passer tout le repas à anticiper le nettoyage qui nous attend derrière.
Mais autonomie ne veut jamais dire manger sans surveillance
Bébé peut manger seul, mais il ne doit jamais être seul pendant qu’il mange.
Un adulte doit rester présent et attentif durant le repas.
Bébé doit également être correctement installé et les aliments proposés doivent avoir une forme et une texture adaptées à ses capacités.
Avant de commencer la diversification, prenez donc le temps de connaître les règles de sécurité en DME et de vérifier comment adapter les aliments présentant un risque d’étouffement.
L’autonomie ne remplace jamais la sécurité.
Comment trouver le bon équilibre entre aider et laisser faire ?
Une question toute simple peut vous aider :
« Est-ce que bébé a réellement besoin de moi pour réussir, ou est-ce que j’ai envie de l’aider parce que cela irait plus vite ? »
Parfois, il aura réellement besoin de vous.
À d’autres moments, il lui faudra seulement quelques secondes supplémentaires.
Vous pouvez donc observer avant d’intervenir, montrer plutôt que faire, faciliter l’accès à un aliment ou proposer un outil adapté.
Puis lui laisser reprendre la main.
L’objectif n’est pas d’avoir un bébé parfaitement autonome à chaque repas.
Il est simplement de lui donner suffisamment d’espace pour développer progressivement ses propres compétences.
En résumé
Laisser bébé manger seul ne consiste pas uniquement à déposer quelques morceaux devant lui.
Chaque fois qu’il attrape, touche, écrase, porte à sa bouche, rate puis recommence, il expérimente et développe progressivement ses compétences.
Il gagne en coordination, en précision et en autonomie tout en découvrant les aliments avec l’ensemble de ses sens.
Cela ne signifie pas qu’il faut refuser de l’aider.
Notre rôle est plutôt de l’accompagner sans systématiquement faire à sa place.
Alors oui, pendant quelque temps, une partie du repas terminera probablement sur bébé, sur la tablette et parfois à des endroits que personne ne comprend vraiment.
Mais derrière ce joyeux bazar, il y a aussi beaucoup d’apprentissage.